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MATM

Témoignage de Yolaine de Kerchove et Catherine d’Otreppe – UNTI et UPOCAM (Équateur)

Période : Février – Juin 2009

Yolaine et Catherine sont parties en Équateur comme volontaires pour MATM pendant cinq mois. Ensemble, elles ont réalisé trois reportages vidéo, pour trois organisations différentes : la Unti, la Upocam et Volens.

Rentrée depuis quelques mois, Yolaine se prête au jeu de l'interview :

« Peux-tu nous raconter comment est né ce projet de volontariat ?

Depuis un petit temps, j’avais envie de travailler pendant quelques mois à l’étranger au sein d’un organisme local et d’allier cette expérience avec ma formation de journaliste.

Cela n’a pas été une mince affaire car la plupart des programmes de volontariat cherchent des professeurs, des animateurs ou des personnes très polyvalentes pour mener différents projets de coopération au développement mais c’est très rare de trouver une opportunité de réalisation vidéo dans des ONG.

Dans mon cas, j’avais recroisé par hasard Julie Van Kempen, une amie d’enfance qui m’avait parlé du stage qu’elle avait effectué via MATM dans une radio locale à Jipijapa en Equateur. Elle était très enthousiaste par son expérience et m’a directement donné le numéro de téléphone de Liliana. De fil en aiguille, j’ai rencontré Liliana et ensemble nous avons envisagé l’idée de réaliser des documentaires en Equateur. Les organisations équatoriennes étaient directement emballées par le projet et l’aventure a commencé. Six mois plus tard, j’étais avec mon amie Catherine sur le sol équatorien la caméra en main, impatiente de découvrir le nouveau monde qui s’offrait à nous…

Et une fois à Quito, comment ça s’est passé ?

A l’aéroport de Quito, Azucena (la responsable de la FMLGT) est venue nous chercher. A ce moment-là, c’était le carnaval. Oscar, l’un des travailleurs de la UNTI, a profité de son congé pour nous faire visiter la ville. Une des traditions du carnaval là-bas, c’est de lancer de l’eau et de la mousse sur les gens dans la rue. Donc à peine arrivée en Equateur, j’ai reçu un énorme seau d’eau sur la tête d’un inconnu de la rue, j’étais ravie (rires)…

Après on a eu des réunions avec tous nos nouveaux collègues pour établir de manière plus concrète ce qu’ils attendaient de nous et du contenu du documentaire. On s’est fixées comme objectifs de réaliser 3 documentaires pour 3 organisations différentes et en plus d’organiser des ateliers vidéos. Finalement,  on n’a pas eu le temps d’organiser les ateliers : ça a été déjà la course pour terminer les documentaires à temps…

A quoi ressemblait votre quotidien ?

A Quito, on se levait vers 8h. On prenait une douche « chaude », on s’habillait et on allait prendre notre petit déjeuner dans la rue. Le petit déj, c’était le meilleur repas de notre journée. Au menu: un jus de fruits frais (de maracuya, de tomate del arbol, d’ananas,…), des œufs, du pain avec du fromage et un lait chaud au café (et pas un café au lait…). Après, soit on allait travailler dans les bureaux sur l’écriture du scénario, soit on partait en tournage, puis on retournait au bureau pour dérusher les images filmées, les interviews, sélectionner les parties qui nous intéressaient et ensuite faire le montage. On travaillait beaucoup… A midi, on avait une mini-pause avec les collègues pour manger dans un petit restaurant de la rue, un comedor. Et le soir, on se retrouvait souvent juste à deux pour manger, ce qui était un peu triste en soi. On aurait préféré en profiter pour passer des bons moments avec des Equatoriens, ce qu’on a pu faire par exemple après quand on a été vivre à Jipijapa à la côte. Là, on s’est vraiment bien amusées puisqu’on vivait avec d’autres jeunes dans la fondation et le soir on s’amusait ensemble (à jouer de la guitare, faire des macramés,…). Par contre, matériellement à Jipijapa, c’était beaucoup moins confortable. Il n’y avait pas d’eau chaude, notre chambre était moins nette et surtout il y avait plein de moustiques, … Et voilà, on a bien dû s’y faire. 

Comment étiez-vous perçues sur place ?

C’est une bonne question. Il faudrait leur demander. Je pense qu’on était vite repérables. Deux jeunes blanches dans les rues, ça ne passe pas inaperçu. On nous interpelait souvent: « Hola gringas !; Hellooow… » en pensant qu’on était des touristes américaines. Mais à Jipijapa, comme les gens de la rue nous voyaient tous les jours, qu’on travaillait sur place à la UPOCAM, qu’on était entourées de collègues équatoriens, j’espère qu’au bout du compte, on a cessé de nous voir comme des touristes. Du coté des collègues, beaucoup nous invitaient à venir passer le week-end dans leur communauté à la campagne où on était accueillies comme des princesses… Ils étaient très fiers d’inviter des étrangers d’Europe chez eux. Il y avait parfois quelques situations plus cocasses où on était par exemple, obligées de manger de montagnes de riz pour rester polies, mais en règle général c’était plutôt agréable de recevoir autant d’attention.

Quelles vidéos avez-vous réalisées ?

Nous avons réalisé trois vidéos de 20-30 minutes.

Notre premier documentaire était pour la UNTI, un organisme d’éducation alternative. On a passé deux mois à travailler dessus et il est dans un style plutôt lent, mais assez poétique, je trouve.

L’autre docu, c’est celui qu’on a réalisé à Jipijapa. Il parle de la « Propuesta Fincar », c’est un projet d’agriculture qui vise à promouvoir des cultures diversifiées, sans produits chimiques,… On l’a présenté comme une histoire. Au début du film, on entend une narratrice qui ouvre un livre avec des photos, puis la caméra rentre dans la photo et le début du chapitre commence. Chaque chapitre parle d’un thème de cette « propuesta ». Dans ce film-là, on a utilisé beaucoup plus d’effets au montage.

Et le dernier docu, c’était à Quito pour Volens, une ONG belge qui a changé sa manière de travailler pour développer plus de synergie entre les différentes organisations locales. Visuellement, le thème était beaucoup moins parlant donc on a décidé avec Volens de traiter le sujet sur un ton complètement auto-dérisoire, très ironique et de chercher l’originalité dans la façon de réaliser les interviews. C’était très drôle à faire et les intervenants ont très vite joué le jeu. Ils ont collaboré à nos idées sans problème. Maintenant, j’espère que le spectateur comprendra aussi toute l’ironie qu’on a ajoutée au sujet qui est très sérieux en soi…

Trois reportages en cinq mois, c’était beaucoup de travail, non ?

C’était énormément de travail car les thèmes étaient chaque fois assez complexes. Les organisations locales voulaient qu’on aborde beaucoup d’aspects différents dans chaque docu, qu’on interviewe une série de personnes différentes,… Parfois, il fallait se déplacer pendant 3-4 même 13 heures de bus pour pouvoir rencontrer l’intervenant adéquat et ça prenait donc énormément de temps. On voulait aussi terminer les montages sur place, ce qui représente une grosse partie du boulot. Pour avoir une petite idée, on avait entre 10h et 15h de cassettes par documentaire. On a dû les visualiser toutes nos images et sélectionner les parties qui nous intéressaient. C’était un énorme travail et heureusement qu’on était deux pour s’épauler. A la fin du séjour, on a même un peu forcé sur le boulot. Catherine travaillait au montage pendant que je dormais. Puis, je me réveillais et c’était à mon tour de travailler pendant qu’elle prenait une petite pause… et on s’est alternées ainsi pendant plusieurs jours pour terminer au plus vite notre docu. En fait, on avait prévu de se relaxer et visiter un peu le pays pendant nos derniers jours en Equateur et on ne voulait pas que notre travail empiète trop sur ce temps-là.

Tu imaginais les choses comment, avant de partir ?

Avant de partir, j’étais très agitée. Je ne dormais pas très bien. Je n’avais pas peur du voyage, en fait, j’étais surtout agitée par tout le matériel que je devais récolter avant mon départ et qui constituait quand même un coût important. J’avais aussi suivi une série de formations avec Catherine pour nous préparer au départ, celle de la CTB (coopération technique belge) pendant les week-ends, et d’autres formations pendant la semaine, en montage vidéo ; maniement de la caméra,… (dans le centre de formation Technocité). Du coup, j’étais très prise par toutes mes activités et je ne me suis pas tellement posé de questions par rapport à ce qui m’attendait en Equateur. Mais je suis aussi de nature comme ça, je fonce et puis je vois ce qui m’arrive. Là, on était en plus à deux, ce qui était déjà très rassurant!

Et au final, qu’est-ce que tu as retenu de cette expérience ?

J’ai l’impression que la terre tourne toujours, que je marche dans la rue comme avant, que je retrouve les mêmes paysages, le même entourage, que je n’ai pas tellement changé et que les gens ne me voient pas de manière très différente. Pourtant au fond de moi, je sais que j’ai vécu une autre petite vie, dans un autre endroit du monde où les gens parlaient une autre langue, où la culture était différente de la nôtre… C’est comme si j’avais lu un bon livre qui se passait à l’étranger, où j’étais l'héroïne de mes aventures. Donc, oui, ce voyage m’a fort marquée et m’a sûrement permis de prendre de la distance par rapport aux choses qui pouvaient me paraître évidentes avant. Mais je n’ai pas été complètement bouleversée au point de changer tout mon comportement. J’aime toujours bien la Belgique. C’est vrai que maintenant, j’ai par exemple beaucoup de plaisirs à rencontrer des Equatoriens qui vivent ici et connaissent la transition inverse par rapport à celle que j’ai vécue là-bas. Il y a un lien qui nous unit. Et s’y j’entends parler de l’Equateur quelque part à la radio, à la télé, à un match de foot, si je vois de l’artisanat équatorien dans la rue, j’ai des petites étincelles qui brillent dans les yeux. J’ai gardé un lien sentimental avec ce pays, c’est évident.

Comment s’est passé le retour ici ?

Ça s’est bien passé, mais très vite et peut-être trop vite. J’ai directement été plongée dans pleins de projets, ce qui m’a forcé à penser très vite à d’autres choses. J’étais très contente de revoir ma famille, mes amis et d’apprendre tous les événements qui s’étaient passés sans moi. Par contre, ça n’a pas été évident de partager mes aventures avec les autres. C’est comme si j’avais vécu trop de choses pour pouvoir facilement les résumer. Alors, je suis plutôt partie des photos, des anecdotes que j’avais écrites dans mes mails, pour expliquer ce que j’avais vécu là-bas. La personne avec qui c’est le plus chouette de reparler du voyage, c’est évidemment Catherine. Ensemble, on peut parler des personnes qu’on a connues là-bas, de lieux, des moments, des réactions qui nous choquent à présent en Belgique. Ça fait beaucoup de bien de pouvoir en parler et de se comprendre mutuellement. Et elle est déjà repartie, elle n’a pas pu résister à l’appel de l’Equateur (rires). »