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ASD-INKINGI (Ouganda)

 

Entretien avec Anschaire Nikoyagize

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Anschaire NIKOYAGIZE, président de la ligue burundaise des droits de l’homme, une organisation qui a été radiée au Burundi et qui travaille maintenant à partir de l’Ouganda. Les membres de la Ligue Iteka qui vivent en exil depuis 4 ans ont pensé à créer une organisation, ASD-Inkingi, qui a un caractère de développement socioéconomique.

Comment on fonctionne ? ASD-Inkingi compte des membres qui avaient une expertise de projets de développement, dont moi, qui avais coordonné pas mal de projets au Burundi. Nous avons donc fait des projets d’élevage de lapins, de porcs, de cultures d’oignons, de betteraves, et aussi l’élevage des poules ; ce sont des projets qui sont en marche malgré les défis liés aux financements, ce ne sont donc pas des projets de grande envergure. Nous avons également initié des activités de formations en rapport avec l’entreprenariat, l’élaboration des projets. L’optique ici est de partager ce que nous avons comme expertise, comme connaissances, aux autres réfugiés afin qu’ils puissent se sentir actifs et entreprendre d’autres activités.

ASD a déjà organisé des formations, en partenariat avec une autre organisation humanitaire créée par des Burundais (ASD a pour objectif de stabiliser les réfugiés, sans qu’ils migrent vers les pays développés). Nous avons donc vu, avec les membres de la Ligue Iteka, que si on est stable, on peut se développer là où on est. Dans le projet qu’on vous a présenté, « Non loin de chez moi », la vision était que si on se développe en Ouganda, les Burundais pourront venir s’approvisionner à côté ; si le pays retrouve la paix, on rentrera avec ces projets. Et si on est stable, il n’y a pas cette envie de migrer vers les pays développés ; c’est cela vraiment l’objectif dans les formations qu’on fait.

On fait aussi le suivi de la situation au Burundi, on fait régulièrement des rapports, en plus de ceux d’autres organismes plus importants (exemple : les Nations Unies). Pour dire que le projet s’inscrit dans un développement économique mais aussi dans l’objectif de retrouver la paix au Burundi.

Les premiers bénéficiaires sont les défenseurs des droits de l’homme, qui continuent à travailler malgré le manque de financements. Si on soutient financièrement ces défenseurs, ils amélioreront leur travail pour la communauté, pour la promotion de la justice.

 

Qu’attendez-vous de la communauté internationale ?

Avec les visites que je fais en Europe, je m’appuie sur la dernière résolution du Parlement européen qui invite les pays membres de l’Union européenne à aider financièrement les réfugiés, ce qui fait partie des droits de l’homme. J’ai déjà rencontré quelques services de l’Union européenne. Donc à chaque fois je parlais de la résolution, de ASD-Inkingi et de la Ligue Iteka. Je n’ai pas encore eu de promesses mais je vois qu’ils apprécient l’initiative. En s’appuyant sur cette résolution qui plaide pour les réfugiés, on a espoir qu’on pourra décrocher quelque chose. Mais on a toujours la difficulté des contacts parce que cela demande des fonds pour se déplacer et rencontrer les partenaires ; c’est pour cela que je profite pour parler des deux organisations.

On a toujours l’espoir, avec l’appui de MATM, de décrocher des financements et gagner la confiance.

Il y a aussi les médias burundais en exil qui s’intéressent aux activités de ASD-Inkingi. Ainsi, le projet est quand même un peu connu par le monde et la population.

 

Avez-vous un message à faire passer à nos lecteurs ou à cette communauté internationale ?

Pour ASD-Inkingi et pour les membres de la Ligue Iteka, on combat pour la justice et le retour de la paix au pays. Ces personnes qui quittent le pays pour aller vers des régions plus développées, alors qu’elles pouvaient construire quelque chose dans leur propre pays, nous souhaiterions les faire rester ; si un pays est développé et stable, il y a moins de risques de crise.

Je plaide pour le Burundi mais aussi pour les autres pays en voie de développement ; il faut davantage soutenir et stabiliser les personnes dans leur pays ou dans un pays voisin. Il est difficile d’entreprendre quelque chose dans un pays lointain et développé car avec l’argent que vous avez à votre arrivée, vous cherchez à manger et un logement.

Ainsi, le message que je veux faire passer est d’appeler les personnes à soutenir des initiatives locales !